À Chantepie, près de Rennes, Cécile assume une reconversion réussie

L’Adie m’a offert ce que je ne trouvais pas ailleurs : un accompagnement personnalisé, sans rentrer forcément dans une case. Le microcrédit que j’ai obtenu a été déterminant pour l’achat de matériel électroportatif, un premier pas concret vers l’autonomie.
« Il faut une bonne dose d’inconscience pour se lancer. »
C’est par ces mots, à la fois désarmants de franchise et porteurs d’une vraie énergie, que Cécile résume son aventure entrepreneuriale. Derrière cette phrase se dessine une trajectoire qui défie les codes : quitter un univers tertiaire sécurisant pour embrasser celui de la menuiserie, métier traditionnellement occupé par des hommes, et en faire un espace de création, de liberté et d’équilibre. Aujourd’hui, Cécile est à la tête de L’Effet Bois, à Chantepie près de Rennes.
Du tertiaire à la menuiserie, Cécile entame une reconversion assumée.
« J’ai d’abord eu une carrière dans le tertiaire en relation commerciale dans plusieurs grandes entreprises françaises. Mais en 2011, tout bascule. Avec mon conjoint et nos deux filles, nous quittons la région parisienne pour la Bretagne. Il n’y avait pas ou peu d’offres d’emploi correspondant à mon expérience professionnelle dans la région. »
Plutôt que de subir cette impasse, Cécile choisit de se réinventer.
« J’ai décidé de reprendre mes études afin de créer mon entreprise dans un domaine qui m’a toujours plu, la menuiserie. Mon CAP-fabricant de mobilier et d’agencement en poche, L’Effet Bois voit le jour en février 2013. Mon idée première était de réaliser du mobilier d’enfant et d’ouvrir un atelier ouvert au public. »
Mais très vite, il faut s’adapter au marché et se spécialiser. Cécile fera le choix de l’agencement intérieur – bibliothèques, meubles TV – où elle se découvre des talents pour marier fonctionnalité et élégance.
« J’aime particulièrement allier la technicité à l’esthétisme. »
Aujourd’hui, la jeune entrepreneure se concentre sur la conception et confie la fabrication à des ateliers partenaires. Cette évolution lui permet de garder la maîtrise de ses projets, de l’initiative à l’installation.
« J’en discute souvent avec d’autres dirigeants de TPE : il faut une bonne dose d’inconscience pour se lancer ! »
Cécile assume cette pensée avec humour et lucidité.
« Je suis une personne optimiste et assez confiante dans la vie. Il ne m’a pas fallu beaucoup d’encouragements pour sauter le pas, c’était une évidence. Mon entourage, bienveillant, a joué un rôle clé. Il m’a soutenu tout au long du processus de création. »
Mais c’est avant tout sa détermination qui a fait la différence.
« Je voulais pouvoir créer des projets pour lesquels j’avais la maîtrise de l’idée jusqu’à sa réalisation. J’ai besoin de me sentir autonome. J’ai hérité cela de mon expérience passée. »
Être une femme dans un métier d’hommes, ce sont des défis pour Cécile, pas des freins.
« Je ne pense pas que les freins ou difficultés que j’ai pu rencontrer soient liés à ma condition de femme. Je balaye d’un revers de main les clichés. Il m’est arrivé d’avoir des remarques concernant la présence des femmes sur les chantiers. Mais très honnêtement, ça a été très rare et très vite balayé une fois que les preuves sont faites. »
Elle reconnaît cependant les contraintes physiologiques d’un métier exigeant.
« Comme beaucoup de femmes dans les métiers du bâtiment ou sur les chantiers, je rencontre des défis qui ne sont pas toujours visibles, mais qui ont un impact réel sur le quotidien. Ces aspects, bien que naturels, peuvent parfois compliquer l’organisation personnelle et professionnelle, surtout dans un environnement où la productivité et la réactivité sont essentielles. Mais plutôt que de m’en plaindre, je mise sur l’adaptation et l’entourage. S’entourer dans le métier de personnes compétentes avec des valeurs communes, c’est essentiel. »
« Je frappais à toutes les portes à l’époque de ma création. J’ai croisé la route de l’Adie presque par hasard. Je souhaitais suivre la formation qu’ils proposaient aux porteurs de projet. Cet accompagnement m’a permis de structurer mon projet, mais aussi de bénéficier d’un parrainage précieux. »
Aujourd’hui, L’Effet Bois traverse une période plus difficile, après l’embellie post-Covid. Les clients sont plus frileux à la dépense. Mais Cécile regarde vers l’avenir avec pragmatisme. La prochaine étape dans son programme est d’intégrer l’intelligence artificielle. Elle souhaite en faire un outil pour gagner en temps et en efficacité.
Cécile exerce donc avec bonheur un “métier passion”, mais pas sans pièges.
« Le bémol quand on fait un métier passion, c’est qu’on travaille énormément. Mes filles ont grandi, ça aide beaucoup. Mais l’équilibre reste un défi. Pour y remédier, je fais du sport, j’essaie de bien dormir, et je continue à aimer ce que je fais. »
Pour Cécile, L’Effet Bois est une une fierté et un héritage.
« Je suis fière de mon entreprise et du chemin parcouru. Mon entreprise représente bien plus qu’un atelier de menuiserie. C’est une partie de mon histoire. »
Celle d’une femme qui a osé changer de vie, qui a su transformer ses contraintes en opportunités, et qui continue, malgré les incertitudes, à croire en la force du travail bien fait.
« J’espère que le marché sera plus favorable. Mais quoi qu’il arrive, je sais que je me réinventerai encore. »
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