Anna et Lilie créent un univers unique dans leur atelier au bord de l’océan, à Plouhinec, en Finistère.

Par notre activité, nous espérons revaloriser le travail manuel, promouvoir l’artisanat et l’intelligence de la main. Il est important pour nous de redonner leur place aux petites entreprises et de réhabiliter des métiers d’arts oubliés.
À Plouhinec, dans les Ateliers Jean Moulin, deux silhouettes courbées sur l’établi, les mains noires de suie mais assurées, les yeux pétillants de créativité, donnent forme à des univers oniriques. Anna et Lilie, 25 ans, sœurs jumelles, sculptrices, bijoutières et dinandières, transforment le laiton et l’acier en créatures marines, en mécanismes inspirés de Miyazaki, ou en balises mystérieuses, héritées des phares bretons. Avec elles, le métal ne se travaille pas, il se met en mouvement. C’est l’héritage d’une enfance bercée par l’art et la mer.
Anna et Lilie n’ont pas connu un parcours linéaire.
« Nous sommes les deux plus jeunes d’une sororie de quatre sœurs. Toutes les quatre dans l’artisanat. Nous avons grandi dans une grande maison en pleine nature au cœur de la Bretagne. C’est un lieu calme et vivant à la fois où se mêlent créativité et vie de famille. Nos grands-parents étaient artistes plasticiens et nous ont transmis leur passion pour la création. Notre grand-père nous a appris à observer la nature avec un regard artistique. Travailler toutes les deux semblait une évidence. Enfants, toujours côte-à-côte, nous avons peint, cuisiné, réalisé des collages, des jardins, des cabanes... Nous avions de nombreux projets artistiques. »
Après un bac Arts Appliqués à Tréguier et un DNMADE (Diplôme National des Métiers d’Arts et du Design) création métal à Brest, elles découvrent leur matière de prédilection :
« Une réelle passion pour ce matériau d’où naîtra notre univers et l’envie d’en faire un projet professionnel. »
Sitôt diplômées en 2023, elles créent “Les Métalleuses en Fusion”.
« Aussitôt, nous participons à nos premiers salons métiers d’arts. Notre jeune âge n’a pas été un frein pour notre activité. Au contraire, les gens que nous avons rencontrés ont été extrêmement bienveillants; ils nous ont poussées vers le haut et nous ont fait découvrir les bons réseaux, les bons évènements, les bons plans. »
Mais Anna et Lilie restent deux jeunes femmes dans un monde d’artisans, souvent masculin. Être les plus jeunes, et de surcroît les seules femmes, dans un univers d’artisans expérimentés, ce n’est pas toujours simple.
« Ce temps passé avec des partenaires plus âgés est souvent riche mais parfois difficile. Étant deux jeunes femmes, il nous arrive d’être infantilisées par des collègues. Être considéré d’égal à égal entre artisans est un combat que nous devons régulièrement mener. L’artisanat est un métier plutôt solitaire qui contraste avec la vie étudiante. »
Gérer tout de front, comptabilité, production, création, communication avec des revenus instables au démarrage n’a pas été une phase facile à surmonter.
« Durant la première année nous avons été suivis par le CEJ (Contrat d'Engagement Jeune) de Rostrenen. Cet accompagnement nous a permis d’avoir un revenu d’environ 500 euros par mois. Ainsi nous avons pu prendre du temps pour créer à l’atelier, candidater à nos premiers événements, et petit à petit, créer un réseau, nous faire connaître.. Puis l’Adie nous a fait confiance en nous apportant une aide financière précieuse dans les débuts de nos entreprises. Elle nous a permis de bénéficier d’une prime de 1000 € pour les jeunes entrepreneurs. Cela nous a permis d’acheter de la matière première et de l’outillage. »
Aujourd’hui, Les Métalleuses en Fusion est sur une nouvelle lancée avec l’emménagement dans un atelier de 60 m2 à Plouhinec. Lumineux, chauffé et qui inspire par sa proximité avec la mer. Ce lieu a également l’avantage d’être un tiers-lieu et leur permet de profiter ainsi de la présence d'autres artisans et artisanes.
Demain, elles ont en tête des projets un peu plus fous et monumentaux, accueillir des stagiaires et pourquoi pas, un jour, une exposition à l’étranger.
« Par notre activité, nous espérons revaloriser le travail manuel, promouvoir l’artisanat et l’intelligence de la main. Il est important pour nous de redonner leur place aux petites entreprises et de réhabiliter des métiers d’arts oubliés. »
Avec la prime de 1000 € du Prix Jeune du concours Créadie qu’elles viennent de remporter, elles comptent acheter une sableuse. Cette machine leur permettra d’être beaucoup plus efficaces et plus rigoureuses dans la création de leurs sculptures
Anna et Lilie préparent déjà la suite : former, transmettre, et continuer à sculpter des mondes où le métal prend vie. Pour vivre de leur art, et en vivre bien.
« Efficacité, confiance, inspiration, notre complicité nous nourrit. Année après année, nos collaborations nous donnent des ailes. Et tout naturellement, nous élaborons notre projet professionnel commun. “Les Métalleuses en fusion”, c’est notre métier à temps plein et notre fierté. »
Vivre de leur passion à 100 % et prouver qu’on peut être jeunes, femmes et artisanes sans compromis. Objectifs atteints pour Anna et Lilie
Pour suivre Les métalleuses en fusion : www.metalleuses-en-fusion.com