Dans les Hautes-Alpes, Jihanne cultive l'essentiel avec La Fée des Délices

« Être paysanne et non agricultrice est, en soi, un acte politique et écologique. »
À Saint-Michel-de-Chaillol, dans les Hautes-Alpes, Jihanne ne se contente pas de cultiver la terre : elle l'écoute. Lauréate Créadie Provence-Alpes-Côte d’Azur dans la catégorie Transition écologique inclusive, cette paysanne-cueilleuse de 42 ans transforme les trésors de la montagne en cosmétiques naturels et herboristerie fine. Sous l'enseigne La Fée des Délices, elle prouve que l'on peut bâtir une entreprise viable tout en respectant scrupuleusement les cycles de la nature.
« Ma mobilité douce et mes circuits courts sont ma contribution au monde. »
Rien ne destine pourtant cette ancienne étudiante en mathématiques à la cueillette sauvage. Après avoir été pisteuse de ski et monitrice, Jihanne entame un chantier colossal : l'autoconstruction de sa maison en paille.
Cette aventure, menée seule malgré les doutes de son entourage, agit comme un déclencheur. Elle réalise alors qu'elle possède la force nécessaire pour devenir autonome. Une rencontre avec une herboriste en 2014 finit de tracer son chemin : elle passe son diplôme agricole et lance son activité en 2021.
« J’ai marché seule au début. Mon père ne comprenait pas, pour lui ce n'était pas un "vrai" métier. Il a fallu qu'il vienne sur le terrain pour réaliser l'ampleur de ma démarche. »
Face à une situation personnelle instable et un manque de soutien familial, Jihanne puise dans sa détermination. Elle s'immerge dans son environnement, cueillant à la main 95% de ses plantes sauvages. Pourtant, la réalité économique la rattrape parfois.
Pour financer son développement et stabiliser sa trésorerie, elle se tourne vers l'Adie. Sa conseillère à l’agence Adie de Gap, Manon, lui apporte bien plus qu'un simple microcrédit : elle lui offre une écoute et un réseau d'entrepreneures locales bienveillantes.
« L’accompagnement humain de ma conseillère a été prépondérant. Grâce aux ateliers, on ne se sent plus seule, on s'inspire entre femmes. »
Aujourd'hui, Jihanne gère une gamme de 60 produits, des tisanes aux savons, distribués dans 15 points de vente locaux. Elle ne cherche pas la croissance à tout prix, mais la "juste valeur".
Elle privilégie le vélo et sa petite remorque pour ses cueillettes d'avril à octobre et mise sur la montée en gamme de ses transformations pour se démarquer dans un territoire haut-alpin très concurrentiel.
« Je suis fière d'avoir osé prendre des risques au moment où ma vie était la plus instable. Ici, on pense écologie avant de penser business. »
Pour les années à venir, Jihanne voit grand mais avec sagesse. Elle ambitionne de faire progresser son chiffre d'affaires tout en préservant sa santé physique, un enjeu crucial dans ce métier exigeant. La prime du prix doté par le Fonds de dotation Biocoop tombe à point nommé : elle compte l'investir dans de nouveaux packagings et du matériel spécialisé pour optimiser ses transformations et soulager son corps à l'atelier.
Comme quoi, on peut avoir l'esprit cartésien d'une mathématicienne et le cœur d'une fée, pourvu qu'on garde les pieds bien ancrés dans la terre.
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