Katia, tatoueuse à La Loupe, en Centre - Val-de-Loire

J’ai toujours su que je voulais être indépendante, mais la peur de l’échec me freinait.
Il faut une sacrée dose d’audace pour s’autoriser à vivre de ses rêves, surtout quand ils ne sont pas conventionnels. Alors malgré sa passion d’enfance pour le dessin, ce n’est que bien plus tard, après une épreuve de vie douloureuse, que Katia s’autorise, enfin, à ouvrir son salon de tatouage en octobre 2022.
« Je suis tatouée depuis mes 19 ans. J’ai toujours rêvé d’en faire mon métier, mais par manque de confiance en moi, je ne me suis pas lancée immédiatement. »
Pendant des années, Katia explore sa vie professionnelle en empruntant des chemins peu courants pour une femme. Elle se forme à la mécanique automobile mais peine à se faire une place dans le métier. Alors pendant 15 ans, elle enchaîne des missions d’intérim atypiques pour une femme en tant que cariste, conductrice de ligne automatisée ou soudeuse, où elle est confrontée à un milieu surtout masculin et parfois sexiste.
En 2006, un accident de travail l’immobilise pendant cinq mois. Elle reconstruit sa vie à Saint-Malo en travaillant comme chaudronnière sur des bateaux. En 2020, elle se forme pour devenir spécialiste internationale en soudage, ce qui lui permet d’exercer le métier d’inspectrice puis de formatrice en soudage.
Mais c’est en 2022 qu’elle prend enfin la décision de mener une vie plus en phase avec ses aspirations profondes. Là encore, c’est un drame personnel qui précipite le changement. Après un long combat contre le cancer du sein, sa maman décède.
Katia se forme alors au tatouage paramédical pour accompagner les femmes ayant subi une mastectomie, ainsi qu’au microblading, qui permet de reconstituer des sourcils après une chimiothérapie.
Son entourage la soutient dans sa reconversion mais le milieu du tatouage, qui voit arriver cette tatoueuse autodidacte avec méfiance, est plus difficile à apprivoiser.
Katia commence par un stage d’un mois chez un tatoueur, mais l’expérience se passe mal. Ce rejet fait l’effet d’un électrochoc qui la décide à ouvrir son propre salon. En une semaine, elle trouve un local à Saint-Georges-sur-Eure, accomplit toutes les démarches administratives et signe le bail.
En plus du soutien émotionnel et administratif de sa conseillère, Nathalie, l’Adie lui accorde un financement pour acheter une table médicale et une machine à tatouer.
« Dès le lendemain, je tatouais ma première cliente. »
Au quotidien, Katia manie son art avec passion et éthique, en utilisant des encres véganes et des produits français et en collaborant avec des organismes comme La Ligue contre le cancer.
« Je permets à mes clientes de se reconnecter à leur féminité et d’apprécier à nouveau leur reflet dans le miroir. »
À 54 ans, Katia est reconnue pour son professionnalisme et se sent plus confiante que jamais.
« Ma plus grande victoire, ce sont mes clients. Quand un homme brûlé sur 20% de son corps me dit “Waouh, je me trouve beau”, c’est incroyable ! »
Pour se rapprocher de sa fille, Katia déménage K'tattoo à La Loupe, où l’unique salon de tatouage vient de fermer.
Elle envisage de prendre bientôt un local plus grand qui accueillera, en plus du salon de tatouage classique et paramédical, un espace dédié au bien-être esthétique et un autre à la décoration intérieure, K''botanic, où elle compte organiser des temps de convivialité autour de brunchs hebdomadaires, dans une ambiance cosy.
«Je suis fière d’avoir dépassé mes doutes. K'tattoo, c’est mon bébé, le fruit de mon travail et de ma détermination.»